Les marchés belge et néerlandais sont voisins, et une part croissante de PME des deux côtés facture au-delà de la frontière. Mais les deux pays n'ont ni les mêmes règles d'e-facturation, ni le même traitement TVA pour les opérations transfrontalières. En octobre 2026, neuf mois après l'entrée en vigueur de l'obligation B2B PEPPOL belge, le tableau est plus clair que jamais — et le paquet ViDA a lancé un nouveau compte à rebours européen vers 2030. Voici ce qu'il faut concrètement retenir.
Où en est chaque pays en octobre 2026
Les deux obligations ont avancé à des rythmes différents, donc une facture transfrontalière se trouve à l'intersection de deux systèmes :
- Belgique : l'e-facturation B2B via PEPPOL BIS Billing 3.0 est obligatoire depuis le 1er janvier 2026. La période de tolérance de trois mois a pris fin le 31 mars 2026, et depuis le 1er avril 2026 le régime progressif de sanctions s'applique — 1 500, puis 3 000, puis 5 000 euros par récidive.
- Pays-Bas : l'e-facturation B2G est obligatoire depuis 2017. Les administrations centrales reçoivent via Digipoort ou PEPPOL, au format SI-UBL 2.0 ou PEPPOL BIS 3.0. Le B2B n'est pas encore obligatoire, mais largement adopté via PEPPOL. En mars 2026, un rapport d'avis a été remis au Parlement néerlandais recommandant un cadre national B2B basé sur PEPPOL ; une réponse formelle du gouvernement est attendue à l'été 2026, suivie d'une consultation publique sur un projet de loi au T4 2026.
La conséquence pratique : un fournisseur belge doit envoyer en PEPPOL par défaut pour le B2B domestique ; un fournisseur néerlandais n'y est pas encore contraint, mais la capacité devient courante.
PEPPOL BIS Billing 3.0 vs SI-UBL 2.0 — faut-il les deux ?
Les deux formats implémentent la norme européenne EN 16931 sur base d'UBL 2.1. Les différences pratiques :
- PEPPOL BIS Billing 3.0 est la base paneuropéenne utilisée partout où PEPPOL est activé. En Belgique, c'est le format officiel exigé depuis le 1er janvier 2026.
- SI-UBL 2.0 est la variante nationale néerlandaise maintenue par Logius. C'est un sur-ensemble d'EN 16931 avec des extensions spécifiques néerlandaises (références détaillées de commande et de livraison, codes de régimes TVA utilisés par les administrations néerlandaises).
Si vous êtes fournisseur belge et facturez à un client néerlandais, PEPPOL BIS 3.0 est parfaitement accepté — votre point d'accès le livre à l'identifiant PEPPOL du destinataire (participant ID, généralement 0106 pour le KvK ou 9944 pour le BTW) et c'est suffisant. Vous ne devez pas émettre en SI-UBL 2.0 sauf exigence explicite du client néerlandais (fréquent pour les marchés publics néerlandais).
TVA : l'autoliquidation est presque toujours la bonne réponse
C'est le point sur lequel chaque indépendant et PME se trompe. Pour les prestations de services B2B entre deux assujettis TVA de deux États membres différents, la Directive TVA 2006/112/CE s'applique :
- Article 44 : le lieu de la prestation est celui où le preneur est établi.
- Article 196 : la TVA est donc redevable par le preneur, pas par le prestataire.
Concrètement :
- Un consultant belge facturant une BV néerlandaise facture à 0 % de TVA et doit inclure la mention obligatoire : « Autoliquidation — TVA due par le preneur — Article 44 de la Directive 2006/112/CE ». La BV néerlandaise déclare et autoliquide la TVA dans sa propre déclaration BTW.
- Un zelfstandige néerlandais facturant une SRL belge : situation miroir. 0 % de TVA, même mention d'autoliquidation. L'entreprise belge autoliquide la TVA dans sa déclaration périodique.
- Les deux parties doivent avoir des numéros TVA valides et vérifiés (BE 10 chiffres, NL BTW-id au nouveau format
NL XXXXXXXXXB01) — à vérifier dans VIES sur ec.europa.eu/taxation_customs/vies.
Les biens suivent une logique différente : les livraisons intra-UE B2B bénéficient de l'exonération 0 % TVA au titre de l'Article 138 (pas une autoliquidation au même sens), avec listing obligatoire dans la déclaration ICP / relevé intracommunautaire. Les prestations de services au titre de l'Article 44 représentent la grande majorité des factures transfrontalières des indépendants.
Ce que contient une facture PEPPOL BE → NL (ou NL → BE) correcte
Une facture transfrontalière reste une facture PEPPOL. La checklist pratique :
- Votre propre numéro TVA et vos mentions légales, exactement comme enregistrés.
- Le numéro TVA complet du client (
NL...B01ouBE0...) — vérifié dans VIES, pas simplement copié-collé. - L'identifiant PEPPOL du client. Pour un client néerlandais : généralement
0106+ KvK (Chambre de Commerce) ou9944+ BTW ; pour un client belge :0208+ numéro BCE ou9925+ TVA. - Code catégorie TVA K ou AE sur chaque ligne, selon le mapping de votre point d'accès — les deux signalent l'autoliquidation en EN 16931.
- La mention légale exacte sur la facture : « Autoliquidation — TVA due par le preneur — Article 44 de la Directive 2006/112/CE ».
- Total TVA = 0,00 EUR, avec les lignes de ventilation TVA montrant le montant autoliquidé.
S'il manque un seul de ces éléments, le comptable du destinataire refusera la facture ou, pire, la paiera avant d'avoir un problème pour récupérer la TVA (incorrectement) facturée.
ViDA : l'horloge 2030 tourne déjà
Le paquet VAT in the Digital Age (ViDA) a été formellement adopté par le Conseil de l'UE le 11 mars 2025 et est entré en vigueur le 14 avril 2025. Les implications que beaucoup ignorent :
- Depuis avril 2025 : les États membres peuvent imposer l'e-facturation domestique sans dérogation européenne, et le consentement du client pour recevoir des e-factures n'est plus requis. C'est exactement ce qui a permis à la Belgique de démarrer dans les temps.
- 1er juillet 2030 : les opérations B2B transfrontalières à l'intérieur de l'UE entreront dans un cadre harmonisé de reporting numérique (DRR). Les données de facture devront être déclarées par le fournisseur quasi en temps réel, dans les 10 jours de l'événement imposable, au format EN standardisé.
- 1er janvier 2035 : les États membres qui ont déjà leur propre système de reporting en temps réel devront s'aligner sur le standard européen.
Autrement dit : le système VIES papier de contrôle intra-UE est en train d'être remplacé en silence par un reporting numérique quasi-temps réel. Si votre entreprise est déjà dans PEPPOL aujourd'hui, vous êtes du bon côté de la transition — le format est le même, seule la couche de reporting se greffera par-dessus.
Que faire aujourd'hui, si vous facturez au-delà de la frontière
- Vérifiez chaque numéro TVA transfrontalier dans VIES avant d'émettre la première facture à ce client.
- Vérifiez que votre logiciel de facturation gère PEPPOL BIS 3.0 transfrontalier, avec la catégorie TVA
AEet la mention Article 44 dans la facture (pas seulement en filigrane sur le PDF — elle doit figurer dans l'UBL). - Enregistrez l'identifiant PEPPOL du client dès que vous le captez ; cela fait gagner du temps à chaque facture suivante.
- Gardez un œil sur la consultation néerlandaise B2B attendue au T4 2026 — si vous travaillez régulièrement avec des clients néerlandais, le format et le calendrier compteront.
DEMFACT gère nativement le périmètre B2B belge et la facturation PEPPOL transfrontalière : un utilisateur belge qui facture un client néerlandais depuis DEMFACT aujourd'hui envoie une facture BIS 3.0 conforme, avec la bonne mention Article 44 et la ventilation TVA, via un point d'accès certifié. Pour un fournisseur néerlandais facturant un client belge, le même flux fonctionne dans l'autre sens — le format est PEPPOL, les règles TVA suivent l'Article 44/196, et la facture arrive directement dans la boîte PEPPOL du destinataire belge.